dimanche 23 août 2009

Dans ta face, Vénus ou « si la photographie n'est pas de l'art, alors tant pis pour l'art »


Fernandino Scianna, La Géométrie et la Passion @ Maison Européenne de la Photo, Paris, jusqu'au 11 octobre 2009

La Géométrie et la Passion. Bizarre cette association. Un peu comme si on tombait sur une Bérengère Corona en soirée... on aurait du mal à situer. Bon, une recherche Google infructueuse sur le sujet laisse supposer que la rencontre a peu de chance de se concrétiser et, concernant Fernandino Scianna, ça roule : la première rétrospective française lui étant consacrée est plutôt du genre Corona.

Le Sicilien a notamment réalisé une série consacrée à Marpessa, un mannequin néerlandais bizarrement méconnu, tant, pour le coup, elle concilie géométrie et passion (clin d'œil appuyé à la frange la plus beauf du lectorat, par ailleurs obligée de se taper l'illustration avé le môme, plutôt qu'un
couasi nu bien senti, sorry guys).

Un cliché montre le modèle en coulisses d'un défilé milanais. Des mains la maquillent, la coiffent ou lui portent une pomme à la bouche. Elle a le regard d'un veau qu'on mène à l'abattoir... Toujours dans la série «y a une justice, même les beaux en chient», une Éthiopienne sublime ploie sous un panier de gravats. Dans ta face, Vénus.

Scianna a pas mal bourlingué, entre beauté et rugosité. À Beyrouth, en 1976, les miliciens chrétiens customisent leurs mitraillettes avé des portraits de la Vierge sur la crosse. On devait pas souvent les faire chier sur le côté kitsch du tuning. En 1985, il saisit des Angels dans le métro new-yorkais. Des gars dont le hobby consistait à assurer la sécurité des passagers. Dans la rame, il y a une pub pour les scuibis Oreo.

Au-delà de ses voyages, le photographe reste Italien et c'est son pays natal qu'il montre le mieux. Des
jumeaux romains de 8 piges ont déjà des gueules de petites teignes bad ass. On retrouve cette fuck-you-attitude dans les propos du gars : «Si la photographie n'est pas de l'art, alors tant pis pour l'art».

Ma qué, on va pas repasser le bac philo en tranchant la question ici, mais sa tof du môme, prise lors des Saints Alfio et Filadelfo en 1963, n'en demeure pas moins fascinante. Tout y est... les côtes du ptiot au bord de la rupture, sa culotte christique, la dévotion des grands-mères et surtout les grosses mains anonymes du padre, dont on ne sait s'il va bénir le bambino ou le bouffer (Note de l'Hémisphère Cérébral Relecteur : d'abord, on avait écrit «l'enculer», mais ça faisait pas joli).

Y en a plus, je vous le mets quand même ?

La Mep consacre aussi, jusqu'au 30 août, une partie de ses cimaises au New Sentimental Journey d'Alair Gomes. Le Brésilien en virée européenne, early eighties, y donne une vision toute personnelle de la statuaire antique ou Renaissance. De quoi devenir notamment incollable sur le scrotum du David de Michel-Ange. Et en regardant les sculptures de Phidias, sous un angle savamment choisi, on se dit que les Grecs devaient déjà avoir inventé l'éjac' faciale. Mais ça, c'est pas réellement une surprise.

Photo : Fête catholique des Saints Alfio et Filadelfo, Trecatagni, Sicile, Italie, 1963 /// F. Scianna

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