samedi 29 août 2009

Comme au temps du syndicat (verbatim #1)

"Verbatim", parce que j'ai pas envie de faire de chroniques des livres que j'aime...

Extrait de Parfois je ris tout seul de Jean-Paul Dubois (Éditions Points), recueil de micro-textes dépassant rarement la demi-page. Certains sont touchants, d'autres drôles ; parfois ils sont les deux. Sans vouloir faire le smart-ass, les noms Walkowiak et Bartali, ci-dessous, ne sont pas purement fictifs.

A l'usine, aujourd'hui, Walkowiak a eu un malaise. Il s'est évanoui. Évidemment, Bartali, le chef du personnel, a rappliqué pour voir ce qui se passait. Quand il a constaté que Walkowiak reprenait ses esprits, il a demandé à tout le monde de se remettre au travail. Walko y compris. Comme je suis le plus ancien de l'atelier, c'est moi qui ai parlé. J'ai dit : «Walko y rentre chez lui». Bartali n'a pas supporté que je le contredise. Il a pris une colère terrible et m'a engueulé devant toute l'équipe. Du coup, les gars ont regagné leur poste. Walko y compris. Bartali a crié : «le temps où les syndicats faisaient la loi, c'est fini !». Il n'avait pas terminé sa phrase que Walko retombait dans les pommes. Bartali s'est précipité vers lui et lui a soulevé la nuque. Walko a ouvert des yeux de diable et a hurlé : «Enculé Bartali !». Et tout l'atelier s'est mis à scander : «En-cu-lé Bar-ta-li, en-cu-lé Bar-ta-li !». Comme au temps du syndicat.

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