samedi 18 juillet 2009
J'ai failli être le Brando de la rotule ou l'histoire d'un râteau et d'une humiliation...
Chronique d'une journée de figuration sur un tournage à Paris la belle – juillet 2009
Bon, j'ai signé un contrat m'imposant la confidentialité sur la teneur du film et son environnement de tournage, jusqu'au premier jour d'exploitation en salle... Je donnerai donc le titre du truc à sa sortie. Le paraphe du contrat se fait sous la mention « signature de l'artiste ». Yeehaa ! Maman arrête les cierges à l'église : ça y est, j'y suis...
On est 25 artistes, donc, à faire la figuration du jour. Je suis le seul débutant, mais je prends un air entendu quand le responsable nous précise qu'aujourd'hui « on va faire beaucoup de pick-up ». J'essaye de donner corps à ma panique naissante en jetant un œil sur la fille qui ressemble au résultat d'une coucherie entre E.T. et Annie Lennox. L'autre œil reste posé sur une blonde qui ressemble à Katja Riemann en jeune. Elle pousse la germanitude jusqu'à porter des Birkenstock. Malgré la période de petite viduité que j'observe actuellement, je passe outre la faute de goût et me laisse charmer. Je jette un troisième oeil sur la liste des figurants et me parie une bière que c'est elle, Inge. En attendant, j'ai toujours pas vu le saladier de coke.
La costumière débarque. Elle ressemble à Isabelle Huppert. Le cinéma est une grande famille. Elle me regarde et me dit que je suis le personnage, sans même avoir à me changer. En fait, je suis là pour incarner un client prout dans un concept store prout. Je le prends presque mal.
Sur le tournage, entre deux prises, je taxe une roulée à Katja-look-alike, histoire de tchatcher. Elle sort d'une maîtrise de psychologie. Mon dernier râteau en date étant dans la même branche, je suis plutôt calé sur la question. Elle a fait un mémoire sur la façon dont on déclenche des pathologies au lieu de verbaliser ou même concevoir mentalement un mal-être. Genre ma mère m'étouffe, je fais de l'asthme. Dans la discussion, je flambe en parlant de "cénestopathie", elle ne m'adressera plus la parole de la journée. Les filles, à la base, c'est compliquou... alors celles qui font psycho... De toutes façons, elle s'appelait même pas Inge. Il est où le fucking saladier de coke ?
Pour la première séquence tournée, je fais le passant qui passe. Entre deux prises, un couple de figurants sexagénaires tape la discute. « Le IIIème, c'est propre quand même. On voit que c'est un quartier d'homosexuels ». Une meuf lit un Marc Lévy. Un gars, plutôt sympa pour un ex-juriste de chez Shell, me dit que je ressemble au bassiste de Soft Machine.
Pour la séquence suivante, dans le store, je passe derrière les deux héroïnes en trois-quart dos. J'essaye de me retourner vaguement, histoire de montrer un poil ma face à la caméra et de mater le cul de Katja-look-alike qui sort du store et de ma vie. Je m'attends à ce que le metteur en scène me gaule, mais ça roule.
Sinon, l'ingé' son passe son temps à coller de la feutrine sous les talons des filles pour éviter qu'elles parasitent les dialogues. Il y a des mecs qui tueraient leur mère pour avoir ce boulot. De mon côté, impliqué à fond dans mon rôle, je me contente de contenir une érection naissante. Pro, quoi.
Pour ma troisième et dernière scène, je passe devant la caméra posée au niveau de mes genoux. Je donne tout en me disant que je suis le Brando de la rotule, que Cyd « The Legs » Charisse a bien fait de mourir, avant que j'imprime la péloche. Mais bon, après les répétitions, je suis viré de la scène. La lose, il y a donc une étape avant d'être coupé au montage. Humilié, je quitte le plateau de tournage et me précipite sur un saladier de pépitos pour me refaire le moral...
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)
Mais qu'est-ce qu'un pick up alors ???
RépondreSupprimerbonjour mel,
RépondreSupprimeravant tout, merci de me donner l'occasion de combler une lacune de ce reportage.
si l'on en croit nos amis de wikipedia et mes compétences en anglais, le pick-up est un terme faisant référence à de petites scènes, tournées en complément à d'autres plans mis en boîte auparavant afin de les enrichir, les mettre en perspective. bon, je me permets de vous conseiller de ne pas parier de bière sur la foi de cette explication.
en vous remerciant de l'attention que vous portez à "tous dans le break", je vous prie de croire, mel, en l'expression de mes salutations cordiales.
jean-marc dubreque,
chargé de communication tdlb.